Séminaires
23/05/09 - 06/02/2009 - 10/11/2007 - 26/05/2007 - 19/03/2005 - 09/05/2005 - 03/12/2004 - 13/11/2004
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Appel à contributions pour le premier séminaire.
Avec ses diagrammes physico-mathématiques suggestifs et grâce à son style littéraire recherché le philosophe-mathématicien Gilles Châtelet nous a permis d'appréhender et d'entendre la préoccupation fondamentale qui le saisissait ;il l'appelait : l'exigence du virtuel. Cette exigence est encore vivante dans les travaux écrits de Gilles Châtelet, mais sa mort décidée nous laisse sans voix. Sans résonance, cette quête du virtuel risque de retourner se dissimuler dans le silence de l'Etre, et l'oeuvre de Gilles Châtelet risque de rester sans autre voix que celle qui l'animait de l'intérieur. Nous voudrions reprendre et prolonger ses analyses ciselées, répondre encore aux virtualités problématiques qu'implique l'ontologie du "virtuel-intensif". Nous voudrions continuer l'élaboration de ce plan ontologique novateur en mathématiques, méconnu ou négligé par des épistémologies plus classiques.. En guise d'aperçu, voici quelques traits spéculatifs qui nous paraissent essentiels.
Le plan du virtuel-intensif est par essence ouvert, en ce sens que les virtualités qui le peuplent impliquent nécessairement d'autres virtualités. Elles sont impliquantes et impliquées, écrivait Deleuze. Ce côté allusif des virtualités, dont la manière d'être pour la pensée est le problématique, appelle l'invention de dispositifs expressifs particuliers dont l'objectif n'est pas de fixer une identité mais avant tout de s'ajuster aux manières d'être des virtualités. Pour cela il convient préalablement de devenir le sujet pré-établi d'expériences de pensée en lesquelles se présente l'intensité proximale de la virtualité s'actualisant (saisie de virtualité par imagino-motricité). Car toute virtualité, étant hors du temps qui passe, toujours déjà au passé (passé pur du virtuel), conditionne a-symétriquement une actualisation. Chaque prise expressive impliquera un palier d'homogénéité précaire sous lequel gronde la virtualité donatrice, qui ne peut être que sentie. Les dispositifs, diagrammes mais aussi écrits poétisés et autres, devront donc sous et avec le palier actuel exprimé (articulation), faire sentir le virtuel latent affirmé par son intensité d'actualisation. Comme si le dispositif reproduisait le mouvement, au passage. " Le mouvement est une manière d'intriquer l'acte et la puissance […] Le potentiel est ce qui, dans le mouvement, permet de nouer un " déjà " et un " pas encore " ; il donne de la réserve à l'acte, il est ce qui fait que l'acte n'épuise pas le mouvement et, en donnant du champ à la saisie du mouvement, il respecte et exalte les latences lovées dans les corps…. " écrivait Gilles Châtelet.
Nous ne prétendons pas bien sûr, développer dans ces quelques lignes tout ce que nous inspire le plan du virtuel-intensif. On voit qu'en tout cas, ce plan est aussi d'emblée physique (manières d'être) et philosophique ( recherche sur la nature du plan) et qu'à ce titre son déploiement dépasse le cadre strict des mathématiques. Bref, il nous intéresse de fédérer mathématiciens, philosophes, physiciens et autres, autour de réflexions, de productions, autant actives que minutieuses sur ce plan ontologique déjà arpenté par Gilles Châtelet. Nous proposons pour cela:
- d'échanger des réflexions autour de textes, de thèmes, renouvelés .
- de mettre à disposition nos écrits.
- d'organiser des journées d'interventions.Nous commencerions par un séminaire en Novembre 2004 à Besançon, si vous voulez intervenir (exposé) ou y assister, faîtes nous le savoir. Mais avant tout nous restons à disposition pour tout autre renseignement et pour de premiers échanges.
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Premier séminaire du 13 novembre 2004 IUFM (fort Griffon) de Besançon.
Ce séminaire (et < groupe de travail >) s'adressera à tous les enseignants qui s'intéressent aux aspect vivants, informels, intuitifs, gestuels, dialectiques et spéculatifs de toute activité scientifique et de toute activité de pensée. Il pourra rassembler des personnes qui aiment à réfléchir sur les contreparties, sur les sous-entendus et sur les automatismes de tout discours formel, qu'il soit scientifique ou politique.
Avec la belle originalité stylistique qui lui est propre, le philosophe-mathématicien-physicien Gilles Châtelet+ (décédé en juin 1999) a déjà tracé des pistes qui sont considérées comme précieuses pour la méditation. C'est autour et à partir de quelques passages de deux de ses ouvrages que les exposés de la première séance du séminaire s'articuleront :
• Les enjeux du Mobile (Le Seuil, Paris, 1993).
• De l'incitation à l'envie et à l'ennui dans les démocraties-marchés (Exils, Paris, 1998 ; existe aussi en Poche).
Les personnes qui connaissent déjà ces ouvrages auront l'occasion de les reparcourir. Les personnes qui ne les connaissent pas pourront en découvrir des extraits, distribués sous forme de photocopie.
Les organisateurs estiment qu'il est possible de puiser de nouvelles ressources pédagogiques dans une réelle approche transdisciplinaire, en affirmant pleinement l'omniprésence mystérieuse du mouvement, qu'il soit d'ordre abstrait et intellectuel, ou borné à la plus plate concrétude de la vie de tous les jours. Il s'agit de re-découvrir les résonances profondes entre les mathématiques, la philosophie et le socio-politique, envisagés comme systèmes de pensées mobiles et mobilisantes : le mouvement, au cœur de toute activité intellectuelle.
Au cours de l'année, une ou deux séances seront consacrées à une approche philosophique de l'outil informatique. On méditera tout ce qui sépare puis rapproche le monde électronique du monde du corps.
08h30--09h30 : < Un zéro produit par une expérience de pensée, ou les imaginaires en terminale > par Maryvonne Menez-Hellez
09h45--10h45 : < Diagrammes du pouvoir chez Foucault et Châtelet : deux destins généalogiques ! > par Joachim Dupuis doc1 / doc2
11h00--12h15 : < Communications diagrammatiques des profondeurs de l'espace, de la matière et du temps chez Châtelet (via Deleuze) > par Philippe Roy
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Le vendredi 3 décembre 2004 IREM (Paris VII)
Cette deuxième rencontre est uniquement composée de l’exposé de Philippe Roy : « communications diagrammatiques de la matière, de l’espace et du temps chez Châtelet (via Deleuze) ». Cet exposé donnera lieu ensuite à un débat.
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Samedi 19 Mars 2005 IREM (Paris VII)
09h15: Du geste à la structure : quelques exemples tirés de la préhistoire de l'analyse sur les variétés par Renaud Chorlay.
On présentera une série d'exemples tirés, pour l'essentiel, de la théorie des fonctions algébriques d'une variable complexe. On montrera comment des familles de gestes - prolonger, parcourir, déformer, franchir, couper, coller, recouvrir - structurent dans la 2ème moitié du 19ème siècle ce champ de recherche; sans perdre tout rôle au 20ème siècle, ces gestes sont intégrés dans une reformulation s'appuyant sur des objets définis axiomatiquement (structures).
11h00: Mécanosphère, centrifugeuses, embranchements machiniques et flux ou comment Deleuze est à l'origine des diagrammes classiques de Michel Foucault et de Gilles Châtelet par Joachim Dupuis
Lors d'une conférence précédente nous avions montré en quoi un rapprochement entre Michel Foucault et Gilles Châtelet, via la pensée de Deleuze, pouvait être fécond. Mais notre interrogation s'était limitée aux diagrammes les plus caractéristiques : la "thermocratie" et le "biopouvoir". Il s'agira, dans cette nouvelle conférence, de prolonger le geste diagrammatique selon un découpage chronologique plus vaste, nous interrogerons les diagrammes plus classiques (car recouvrant tout un complexe d'idées nées entre le XVII et le XVIII e siècle : à savoir la souveraineté et l'économie-politique, mais qui travaillent encore aujourd'hui la pensée et la société). Nous verrons alors que la notion de diagramme n'est pas à comprendre seule et qu'elle fait intervenir tout une série de machines diverses. Cette seconde conférence est donc complémentaire de la première: au pôle proprement politique, va s'ajouter toute une clinique de la pensée. doc
13h45: Apories du geste et impuissances du langage : logique et mathématiques à l'épreuve de leurs limites par Joël Merker.
Le geste, avec son cortège de virtualités indécises, convoque l'intuition tant dans ce qu'elle possède d'intersubjectif que dans son imprévisibilité subjective séparée, productrice de réalité scientifique. Souvent sans l'avouer et parce que les mirages rhétoriques du langage canalisent activement l'attention, les tentatives visant à élaborer des cadres cognitifs structuraux qui soient appropriés à l'analyse des activités rationnelles se heurtent à la complexité d'un réel dont les paramètres sont innombrables. Tout baigne de confusion et de maladresses de pensée ; peu de théories s'avèrent aptes à exprimer les intentions centrales précises qui les gouvernent ; la faiblesse de pensée est un universel partagé. En mathématique et en logique, la souffrance psychologique provoquée par les difficultés de compréhension fait obstacle à la gestualisation du textuel. Au total, l'entrelacement précieux entre l'activité littérale, linguistique, formelle et les soulèvements de la pensée scientifique intuitive est toujours menacé d'extinction par des paradigmes établis. Ce modeste exposé sera consacré à des réflexions informelles et sauvages. Quelques apories d'apparence insignifiante seront passées au microscope à balayage spéculatif.
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Le samedi 26 mai 2007, IREM (Paris VII).
Cette matinée l’illustrera puisqu’elle se composera des deux contributions suivantes:
9h-10h30: Pour un diagrammatisme littéraire: le cas de Georges Perec. (Joachim Dupuis)
10h30-12h: Portée politique du physico-mathématique-philosophie de Gilles Châtelet: quelques exemples. (Philippe Roy) doc
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Le samedi 10 novembre 2007. IREM (Paris VII)
Après avoir exploré la dernière fois les champs de la littérature et de la politique, nous nous tournerons cette fois essentiellement vers l’art. Nous recevrons deux artistes et nous nous questionnerons sur les enjeux de la perspective.
9h-11h: « A propos de Stéphane Blondeau » La naissance est dans le geste. (Philippe Roy) doc / Photos-vidéo
Sérialités, Matière et genèses filaires chez Stéphane Blondeau : nourrir le geste. (Joachim Dupuis)
Echanges avec l’artiste et les intervenants.
Site de Stéphane Blondeau : http://act-bis.chez-alice.fr/11h-13h: « De la perspective au point de perspective » En quoi sommes nous aujourd’hui concernés par l’invention de la perspective centrale ? linéaire ? artificialis ? au quattrocento ?
Qu’est-ce qui dans cette invention exige de nous de le penser , de le penser à nouveau ?
Nous revisiterons d’abord quatre gestes fondateurs, ceux de Filippo Brunelleschi, Leon Battista Alberti, Piero della Francesca et Albrecht Dürer .
Nous pourrons ensuite nous demander en quoi la perspective est une « opération intellectuelle fondamentale, qui va demeurer valable pour la position qu'elle donne au sujet, à l'homme dans le monde, pendant des siècles » comme le propose Daniel Arasse, en quoi elle peut nous conduire à « voir le monde à travers une visibilisation de l'invisible ». La notion de point reste centrale dans cette réflexion. (Maryvonne Ménez)14h30-16h30: « A propos de « Murmures de peau » d’Isabel Caccia » Du silence aux murmures, de la conjonction érotisme-politique à la conjonction sensibilité-mémoire des femmes, du corps aux végétaux, du collant à la trame des collants : la voie de passage diagrammatique du geste de déchirement. Pour une mémoire dans la matière.(Philippe Roy) doc
Bruissement et déchirement du désir chez Isabel Caccia ou Retrouver le geste autochtone /// à la racine du désir/// (Joachim Dupuis)
Echanges avec l’artiste et les intervenants.
Site d’Isabel Caccia : http://isabelcaccia.blogspot.com/
- Le vendredi 6 février 2009. Université Paris 8
Cette journée à été consacrée à « Vivre et penser comme des porcs ».
9h30-11h
« Un pamphlet sans ressentiment»
Il paraît qu'en France, la tradition du pamphlet est solidement enracinée à droite et que la notion même d'un pamphlet de gauche, voire de gauche radicale serait en elle-même litigieuse. J'aimerais travailler à défaire ce préjugé en analysant aussi bien les procédés rhétoriques que les énoncés de cet essai... Alain Brossatenregistrement1 - enregistrement2
11h-12h30
« Le Principe de fluidité va s’immiscer partout »
Cet énoncé de « Vivre et penser comme des porcs » est principal puisqu’il énonce un principe. Celui-ci possède même une certaine souveraineté, n’est-il pas écrit avec une majuscule ? Plus que la fluidité c’est bien son principe qui s’immisce partout. Un principe est dit tel parce qu’il régit un domaine. Le Principe pourrait donc s’annexer tous les domaines de notre vie puisqu’il s’immisce partout ? « Il semble douer d’une faculté de prolifération et de mutation aussi redoutable que celle d’un virus ». J’exposerai ce que Gilles Châtelet nous apprend de ce virus hydrophile : ses hôtes, ses vecteurs, sa virulence, sa chimie, ses symptômes, la maladie qu’il déclenche mais aussi comment nous pouvons nous en prémunir. Philippe Roy
14h00-15h30
« Quelques remarques sur l’art contemporain aujourd’hui, à partir de Vivre et penser comme des porcs de Gilles Châtelet »
L’intitulé de cette conférence présente, comme on l’aura remarqué, une redondance, ou du moins quelque chose qui semble tel à première vue. « L’art contemporain aujourd’hui ». Qu’on veuille bien y regarder à deux fois cependant, et l’on verra que la redondance ne l’est peut-être pas, que la précision tout au contraire s’impose, et qu’elle ouvre bien mieux à la problématique même de cette intervention. L’idée c’est qu’il y aurait un art contemporain aujourd’hui, à distinguer d’un art contemporain hier. L’art contemporain en effet n’a-t-il pas maintenant près de 50 ans ? N’apparaît-il pas au milieu des années 60 ? Et n’a-t-il pas depuis, sous la permanence de sa désignation, comme sous la réitération de certaines formules, subi une mutation profonde ? Tant et si bien qu’on pourrait même considérer, réflexion faite, que l’art contemporain d’aujourd’hui, et depuis le début des années 80, serait le renversement, le détournement de l’art contemporain d’hier ? C’est cette question, en tout cas, ce faisceau d’hypothèses, qu’on voudrait ici explorer, en s’appuyant notamment sur les analyses conduites par Gilles Châtelet dans Vivre et penser comme des porcs, s’agissant, précisément, d’un renversement, d’un détournement, depuis le début des années 80, de la pensée philosophique des années 60/70 en son contraire : la caution et le corrélat idéologique du capitalisme financier mondialisé, du néo-libéralisme. François Coadoudoc
15h30-17h
« Gilles Châtelet et la littérature »
Pour finir ce cycle de conférences, nous envisagerons les rapports qu’entretient Châtelet avec la littérature : les textes de Châtelet sont en effet truffés de références diverses à la littérature (au sens large). Alors plutôt que de poser la question : « qu’est-ce que Châtelet nous dit de la littérature ?» Ou encore « qu’est-ce que Châtelet peut nous en dire (comme du cinéma, d’ailleurs, etc) ? Nous trouvons plus intéressant de nous demander : « Mais que fait donc Châtelet avec la littérature ? ». Quel(s) lien(s) ces références entretiennent-elles avec les lignées diagrammatiques, avec les « stratagèmes allusifs ». Le sujet est suffisamment large pour ne faire que quelques hypothèses prudentes. Si dans « les Enjeux du mobile », on pourra souligner l’importance de la « métaphore » ou du « diagramme » qui invitent à réflechir sur la question de la poétique (puisque la première notion est d’Aristote et la seconde se retrouve chez Bachelard) ainsi qu’à la place du conte ;dans « Vivre et penser … », on invitera l’auditeur à se pencher sur l’art du portrait auquel s’adonne Châtelet,dans un texte qui nous semble entre l’essai philosophique (c’est une généalogie qu’il est en train de faire) et le pamphlet. Que faut-il donc penser de la littérature chez Châtelet ? Veut-elle nous porter vers une nouvelle poétique (au sens de Bachelard, avec un certain sens de la pro-pulsion, plutôt que du pulsatil) ou vers une sorte de nouveau décadentisme (sans mystère), ou une pataphysique ? Peut-être qu’au fond il n’y a pas lieu de séparer les choses. En tous cas, le projet de Châtelet semble proposer, suggérer un certain réalisme hanté de multiples figures cruelles et merveilleuses. Joachim Dupuisdoc
- Le samedi 23 mai 2009. Université Paris 8
Il sera question lors de cette journée des avancées que la pensée diagrammatique a contribué à opérer dans divers champs disciplinaires.
9h30-11h00
Le champ de pertinence du diagramme dans la philosophie française
La notion de diagramme reçoit un fabuleux destin dans la philosophie française de ces 30 dernières années, mais peut-on dire que Deleuze, Guattari, Châtelet y voient la même chose ? Le diagramme est-il un concept ou un opérateur ?Les multiples modifications que ce terme revêt de Deleuze à Châtelet semblent poser le problème de la légitimité de son usage. Qu’entend-on vraiment par diagramme ? Ne faudra t-il pas admettre qu’il y a plusieurs pensées du diagramme qui au fond ne se rejoignent pas, si ce n’est par l’esprit de combat ? L’ambiguïté profonde de ce terme, émanant d’un double champ linguistique et scientifique remanié par la puissance de trois penseurs, pose pourtant la question de la force de problématicité qu’elle permet au niveau des savoirs. Comment la philosophie, par le biais du diagramme, relance t-elle une interrogation qui remet en question l’ordre même de la représentation dans tous les domaines ? Nous tenterons donc de définir le champ de pertinence du diagramme chez ces auteurs pour faire ressortir son incomparable puissance de modernité. Joachim Dupuis
11h00-12h30
Retour vers le futur avec Proclus : qu’est-ce que penser dans un diagramme ? L’hypothèse projectionniste de Proclus à Hutchins
Les diagrammes ont fait récemment un retour en force dans la philosophie des mathématiques, en grande partie par réaction aux excès du « linguistic turn » et des dérives logicistes qui ont pu dominé au XXème siècle. Pourtant, il est rare qu'on explicite pleinement quel type de théorie de la connaissance doit se trouver attachée à la pensée par diagrammes - sinon pour se réfugier confortablement dans le « schématisme » kantien, fondé, comme chacun sait, sur « un art caché dans les profondeurs de l'âme humaine ». Dans cet exposé, je voudrais tout d'abord rappeler la manière dont la prise en compte du rôle des diagrammes a pu brouiller très tôt les cartes des philosophies traditionnelles des mathématiques. C’est, en effet, dès Proclus que l'on voit la grande opposition entre « platonisme » et « abstractionnisme » vaciller en faveur d'une nouvelle hypothèse, parfois appelée « projectionniste ». Son postulat fondamental est que l'espace du géomètre doit être vu comme un écran où l'esprit projette ses opérations et qui fonctionne comme un miroir où l'esprit se voit agissant. J'essayerai de donner chair à cette idée, qui semble d'abord très métaphorique, en suivant quelques exemples procléens. Puis, dans un deuxième temps, je voudrais indiquer comment cette hypothèse « projectionniste » a été retrouvée (totalement indépendamment) par certains travaux d'anthropologie cognitive récente (Ed. Hutchins) pour palier les défauts des modèles « représentationnels » de la connaissance et rendre compte des « supports matériels » dans nos raisonnements. David Rabouin
14h30-16h
Diagramme et herméneutique mathématicienne
Dans le passé, Gilles Châtelet mettait l'accent dans l'acte créateur (en mathématique ou en physique) sur le mouvement de pensée transversal à son propre développement, mouvement de bascule, quand la pensée sort de ses gonds ; pour ma part à ce sujet je mettais l'accent sur l'idée de pulsation, sur la capacité paradoxale de poursuite en dépit de et grâce au déséquilibre dans les enjeux contraires. Ces observations sont du côté de la conscience initiatrice de l'acte. J'envisagerai maintenant la question d'une façon déplacée, en insistant sur le fait que la pratique mathématicienne est une manipulation de diagrammes, et que l'émergence du sens mathématique ressort de cette manipulation.
Alors, qu'il s'agisse, au point de la conscience de l'acte, de transversalité ou de paradoxalité, les enjeux de déséquilibre se retrouvent au moment de décision des manipulations de diagrammes. Le point-clé est quand on baptise un diagramme, et qu'on en fait un objet mathématique frais.
La question de l'invention est alors déplacée, depuis l'acte jusqu'à son sens, et, non plus pour la conscience initiatrice, mais vis-à-vis du sens, il nous faut construire une théorie du nouveau, articuler des critères de nouveauté. René Guitart
16h-17h30
Théorie des nœuds, invariance par difféomorphisme et relations de Conway
Nous étudierons deux branches de la théorie des nœuds qui rentrent tout particulièrement en résonance avec le travail de Châtelet sur les diagrammes.
Tout d’abord, nous examinerons le fait qu’en gravitation quantique, l’invariance par difféomorphisme - qui correspond à l’implémentation technique d’une conception relationnelle de l’espace - est décrite par des invariants de la théorie des nœuds. On s’efforcera de montrer en quoi cela renforce la conception de Châtelet selon laquelle le nœud n’est pas ornemental et le virtuel n’est pas toujours dissipé par l’actuel.
Puis nous reviendrons sur l’analogie formelle entre les skein relations de Conway
et la relation de commutation canonique de la physique quantique
pq – qp = iћ
afin d’illustrer l’articulation du geste et de la richesse allusive des diagrammes.
Alexis de Saint-Ours





